L'église Saint Pierre d'Albiac

 

Histoire de Sancti  Petri  de  Albiaco

L’église St Pierre d’Albiac, principal vestige de notre passé historique albiacois, demeure la pièce maîtresse de notre patrimoine autour de laquelle s’articule l’histoire d’Albiac. Elle a été édifiée sur l’emplacement de la première chapelle. L’architecture de cet édifice religieux évolua en plusieurs étapes : IXe, XIIIe, XVIe, puis XIXe siècle.

La chapelle primitive

La première chapelle de christianisation, fut probablement édifiée courant IXe siècle, comme tel a souvent été le cas dans le Quercy.

Le prieuré carolingien

A cette époque l’église s’appelait « Sancti Petri de Albiaco (1) », et faisait partie du prieuré d’Albiac. Ce dernier fut vendu par les moines de l’abbaye bénédictine de Marcilhac / Célé à Hugues II baron de Castelnau-Gramat et à sa femme Hermendrude, qui renouvelèrent par la suite le don de ce prieuré (Albiaco), à l’évêque de Cahors en 986.

Le prieuré était déjà rattaché au Xe siècle à la vicairie d’Aynac (vicaria Asnacensis), qui faisait partie du Pagus Caturcensis (cartulaire de Cahors / Baluze – Hist. Tutell. Col. 382), conformément au découpage administratif carolingien en pagi minores (vicairies) ; ce rattachement perdurera jusqu’à la Révolution.

Le prieuré gothique

Par la suite, le prieuré d’Albiac trop petit et vétuste s’est agrandi ; son style architectural était similaire à ceux des Fieux, de Miers, et du couvent d’Issendolus. Au XIIIe siècle régnait une certaine concurrence entre « chapelles », ce qui nous permet de supposer que notre prieuré gothique fut probablement construit entre 1250 et 1330, avant que ne débute la guerre de 100 ans.

Le nouveau prieuré a été édifié à côté de l’église St Pierre, en partie sur l’emplacement actuel du château. Quant à son église, elle semble reconstruite sur les fondations de l’ancienne chapelle carolingienne, avec la même orientation, c’est-à-dire abside à l’est. D’après certains indices relevés dans la proximité immédiate de l’église, le niveau du rez-de-chaussée du prieuré correspondait à celui du château actuel ainsi qu’à celui de la première chapelle.

La fin du prieuré 

Pendant la guerre de 100 ans, la plupart des églises, monastères, prieurés et châteaux de notre région furent pillés, incendiés, ou  démolis (Albiac, Bio, Palaret, Thémines, Anglars, Issendolus, Lavergne, Théminette, les Fieux, Marcilhac, Gramat, Rueyres, Loubressac…). Les historiens nous confirment en particulier qu’Albiac, Bio et Gramat ont énormément souffert de cette occupation anglaise entre 1369 et 1378. Les envahisseurs quittèrent définitivement le Quercy en 1443.

Du fait de ces événements sanglants et dévastateurs, on peut penser que les activités religieuses du prieuré d’Albiac cessèrent définitivement au plus tard vers 1370 pour cause de destruction. On ne trouve en effet plus aucun document en faisant état à partir du XIVe siècle. Saint Pierre d’Albiac est alors devenue une simple église rurale, comme il en existait beaucoup à cette époque.

Du XIVe au XVIe siècle, l’église St Pierre d’Albiac faisait partie de l’archiprêtré de Thégra (Pouillés de Thégra / Abbé Albe) ; ce dernier réunissait alors plus de 75 paroisses.

Elle fut, au fil des ans, alternativement indépendante ou annexée à celle de St Hilaire de Bio à partir de 1300 environ. En 1483, le curé Jean Bel officialisait l’union de ces deux paroisses ; elles furent intimement liées jusqu’à la Révolution (archives du Vatican).

Par ailleurs, Albiac appartenait également à la congrégation foraine de Bio, et était aussi à la collation épiscopale par la bulle papale du 30 janvier 1352.

L’église actuelle

Après les ravages de la guerre de 100 ans, notre église St Pierre d’Albiac ayant ainsi subi des dommages répétés, sa reconstruction en lieu et place a dû s’effectuer logiquement au milieu du XVIe siècle, d’après les informations dont nous disposons, et en particulier la datation de la grande cloche (classement à l’Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques du Lot en 2014 / ISMH).

Certains indices architecturaux nous laissent penser que l’église carolingienne « Sancti Petri de Albiaco » devrait se situer sous le cœur de l’église actuelle, comme tel est très souvent le cas. En effet, autour de l’abside de notre église, quatre piliers préromans de la chapelle ancienne ont été découverts lors de travaux d’assainissement en 1994, dont deux d’entre eux sont encore partiellement visibles côté nord-est. Il aurait été très intéressant par ailleurs de faire des fouilles autour de l’église, d’autant plus que l’ancien cimetière était situé le long de l’église au niveau de la chapelle nord actuelle (2).

L’abside est dominée par une vaste coupole, caractéristique des églises carolingiennes, relativement fréquente dans le Quercy. Elle symbolise ainsi le ciel, et avait été peinte courant XIXe siècle (un soleil or, entouré d’étoiles dorées sur un ciel bleu).

Lors du dernier agrandissement du château par la famille Roquemaurel vers 1670, l’entrée principale de notre église située à l’origine au niveau du narthex au fond à l’ouest, a été déplacée côté sud pour que le château soit totalement indépendant. C’est pour cela qu’au même moment, une porte de communication avait été ouverte au niveau de la tribune de l’église afin de créer un accès direct avec le château (3). Elle fut murée par la suite en 1994 lors du ravalement intérieur de l’église.

D’après certains documents dont le compte-rendu de la visite pastorale de 1837 (Réf. Evêché : 24-01-43a), nous pouvons en déduire que la sacristie aurait été construite après 1837, du fait qu’en 1837 il n’existait qu’une seule chapelle, celle située côté sud sous le clocher. Or nous savons qu’après la Révolution Albiac comptait 244 habitants en 1841, c’est-à-dire trois fois plus qu’aujourd’hui ! Notre église était donc devenue trop petite, et c’est ainsi qu’elle avait dû s’agrandir grâce la construction de la chapelle nord entre 1863 et 1879 (car d’une part, le Conseil de Fabrique du 3 octobre 1880 fait état de la « chapelle nouvelle », et d’autre part une seule chapelle mentionnée en 1862).     

Quant aux murs de l’église, ils avaient été peints courant XIX e siècle, comme tel était le cas dans un grand nombre d’églises en France. Ces peintures sont restées visibles jusqu’en 1994, date du ravalement intérieur ; la photo présentée témoigne en particulier de la beauté du dôme avec ce magnifique ciel étoilé.

En 2012, notre église s’est embellie de magnifiques et lumineux vitraux contemporains, créés et réalisés par Roseline Chanvin maître verrier.

La vie de notre église St Pierre au fil des archives paroissiales

Recteurs, prieurs et curés ayant régi St Pierre d’Albiac (Archives du Vatican/Albe/Lacout):

Guillaume de St-Cyr (1208), Bertrand de St-Vincent (1298-1309), Bertrand de la Tour (vers 1340), Pierre de la Tour (1345-1348), Raymond Delbos (1348), Hugues Amblard (1349), Raymond Delbos (1376-1388), Guillaume de Carayol (1388), André Cruchaud (1509), Jean Jouyn (1514), Aymeric de Roquemaurel, Mathurin de Roquemaurel (1536), Antoine de Roquemaurel, Jean de Roquemaurel (1596), Jean Lavaur (1602), Durand Vaysset (1628),Gilibert Jarouste (1635), Louis de Roquemaurel (1643-1701), Alexandre Auzoles (1701-1702), Jean Janet (1720), Mathurin Blanc (1727), Charles Blanat (1732), Guillaume Roux (1732-1780), Jean-Pierre Nastorg (1803), Jean-Baptiste Tournié (1812-1828), Cipière (1846-1847), Landes (1855), Arnal (1878-1887), Vaurs (1887- 1920), qui fut le dernier curé ayant résidé à Albiac.  

Vicaires ayant officié à St Pierre d’Albiac (Albe/Lacout) :

Durand Vaysset (1603-1615), Falsimagnes (1618), Guillaume Malvezi (1624), , Jean Mousset (1625), Jean Laborie (1630), Jean Castel (1640), Pierre Faure (1643), Géraud Castagné (1645), Jean Laborie (1650), Jean Coste (1658), Ferrière (1677), Castagné (1677-1678), Hugues Darnis (1683), Antoine Cavalayrie (1690), Delfau (1691), Castaigné (1692), Canailhac (1693), Canailhac (1694), Jean Delpeyrou (1700), Auzole (1702), Parra (1712), Meyzen (1712), Joseph Clarety (1746-1752), Albinet (1748), Besse (1754), Montbertrand (1765), Joseph Clamagiraud (1766), Rey Géraud (1767), Rougié (1773), Puech (1779-1790), 

Et aussi :

  • Bégon de Roquemaurel, Abbé de l’abbaye de Figeac (1410-1413)
  • Aymeric de Roquemaurel, Abbé de Moissac (1441), et Evêque de Montauban (1445-1449)
  • Antoine de Roquemaurel, dernier abbé de l’abbaye de Figeac (1530-1536)

Hector Lacalm, Recteur à Goudounesque (1616).

Le mobilier de l’église date principalement du XIXe siècle :

  • Le grand tableau situé au-dessus de l’autel représente la crucifixion du Christ avec la Vierge Marie, Marie-Madeleine et Saint Jean (4). Cette toile aurait été peinte vers 1840 par Robert, un peintre originaire de Nazareth (Corrèze) ; ce dernier compte un certain nombre de tableaux religieux non signés à son actif, réalisés pour des églises du nord du Lot et du sud de la Corrèze.
  • Le maître-autel en forme de tombeau en bois peint façon marbre, de fin XVIIIe siècle.
  • A droite du cœur on peut remarquer la présence d’une croix de confrérie du Saint Sacrement bleue en bois, utilisée jusqu’au début du XXe siècle lors des différentes processions albiacoises (5).
  • Les deux tabernacles peints des chapelles faisaient partie de retables en bois du XIXe siècle, ornés de peintures polychromes et coiffés d’un triangle symbolisant le mystère de la Trinité ; le retable le mieux conservé et le plus intéressant, reste incontestablement celui de la chapelle sud, dominé par les 3 vertus théologales : la Foi représentée par la superbe statue dorée de la vierge Marie écrasant le serpent sur le tabernacle, la Charité tableau de gauche avec les enfants, et enfin l’Espérance tableau de droite avec l’ancre marine, et la couleur or symbolisant le divin.
  • Au fond de l’église, on peut découvrir les fonts baptismaux taillés dans la pierre du Limargue. Cet élément fut intégré dans la bâtisse lors du murage de l’ancienne entrée vers 1670, et semblerait provenir de l’église de l’ancien prieuré.
  • Différents objets de culte XVIII/XIXe siècle (calice, ciboire, chandeliers…) dont certains ont fait l’objet d’un classement à l’Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques du Lot (ISMH) en 2014.

 

************************************* Notes *****************************************

(1) - Documents officiels les plus anciens faisant état de l’église ou du prieuré St Pierre d’Albiac:

- Testament de Ranulphe de Castelnau qui fonda le monastère de Fons en 972,

- Cartulaire de Cahors (Charte de 986),

- Cartulaire de Beaulieu-sur-Dordogne (Charte de 987).

 (2) - Pendant les travaux d’assainissement autour de l’église en 1994, des squelettes d’enfants furent trouvés à gauche de l’abside, la tête contre l’église ; il n’est pas surprenant d’avoir découvert un cimetière à cet endroit, car jusqu’au Moyen Âge ils se situaient souvent contre l’église à gauche (c’est-à-dire côté nord). Le cimetière primitif a dû être déplacé lors de la reconstruction de l’église actuelle au XVIe siècle.

(3) – A cette époque la famille Roquemaurel était installée au château d’Albiac, Louis écuyer curé de Biot, prieur d’Albiac et archiprêtre de Thégra (décédé en 1680) fut désigné curateur et fondé de pouvoir pour les enfants de son frère Jean-Marc décédé en 1669. L’ouverture de cette porte de communication entre le château et l’église s’explique également du fait de la charge religieuse du prieur d’Albiac Louis de Roquemaurel.

(4) – Cette superbe toile non signée est une interprétation originale du XIXe siècle, de « La Crucifixion du Christ avec la Vierge Marie, Marie-Madeleine et St Jean » (visible aujourd’hui au Musée du Louvre à Paris), œuvre réalisée vers 1617 par un grand maître du XVIIe siècle : le peintre hollandais Antony Van Dick, assistant de Rubens.

(5) – Croix de confrérie du St Sacrement milieu XVIIIe siècle. Cette confrérie a été établie à Albiac le 24 janvier 1746 ; la procession du St Sacrement avait lieu chaque 3ème dimanche de chaque mois à Albiac.

Ses cloches 

Il semblerait que l’apparition des premières cloches d’église remonterait aux environs de l’an 650 ; ce sont les moines chargés de l’évangélisation de l’Irlande qui auraient importé cette nouvelle touche architecturale pour nos églises. Elles sont réalisées en bronze (alliage de 78% de cuivre et 22% d’étain, coulé à 1200°C), et se sont particulièrement développées en France depuis le VIIIe siècle.

Les cloches restent ancrées dans nos racines culturelles, elles chantent les événements de la vie chrétienne, et sont l’instrument séculaire de rassemblement qui a toujours donné aux villageois la sensation d’appartenir à une même communauté. Dans le passé, c’était principalement l’appel à la prière pour tous les événements de la vie (baptêmes, mariages, décès, et fêtes chrétiennes), et aussi le repère horaire pour les différentes étapes de la journée. Parfois, on les faisait même sonner pour éloigner l’orage ! La grande cloche donnait l’heure et sonnait pour les offices, et la petite, indiquait aux religieux les heures de lever et de coucher du soleil, ainsi que celles des repas.

On gravait souvent aussi les noms de la marraine de la cloche, celui du curé, ou du donateur, accompagnés d’un texte religieux (en latin avec lettres gothiques, avant 1789).

Les cloches de notre église St Pierre d’Albiac sont abritées sous le clocher, symbole du lien entre la terre et le ciel.

La petite cloche

La petite cloche a été refondue en 1877 dans la célèbre fonderie familiale des Frères Cazès de Villefranche de Rouergue, l’ancienne ayant dû être endommagée, ou bien réquisitionnée afin de fournir du bronze pour couler des canons, comme tel a souvent été le cas dans le passé (elle était bien manquante en 1837 dans l’inventaire diocésain, ainsi que dans le compte-rendu du Conseil de Fabrique de 1873).   

La grande cloche

Une observation minutieuse de notre cloche en bronze (hauteur = 67 cm / diamètre = 63 cm) nous permet de constater la présence de petites bulles d’air en surface. Cette observation nous laisserait penser qu’elle aurait été fondue à « température dite froide », c’est-à-dire coulée sur place par un saintier ambulant avec l’aide des villageois, tel était souvent le cas dans nos petits villages de campagne à cette époque, afin de s’affranchir des difficultés liées au transport.

Par ailleurs, la surface irrégulière de sa robe, ainsi que l’observation des anses confirmerait cela, et pourrait signifier que la finition aurait été faite par un balayage artisanal, dit « au bouquet d’orge».

Son profil caractéristique est dit « gothique », ce dernier apparaissait dès le XIVe siècle.

 

Les lettrines utilisées :

Nous sommes là en présence de lettres inscrites dans des rectangles, dont la méthode de réalisation est dite « de la cire perdue » ; cette technique a été utilisée à partir de la fin du XVe siècle. Les inscriptions sont faites au moyen de caractères en bois (du buis souvent) ou en plomb, servant à imprimer chaque lettre sur une plaque de cire appliquée sur le modèle.

Les lettrines sont ornées sur les thématiques des fleurs, feuillages, et animaux (voir les différentes photos). Elles symbolisent l’espérance et l’esprit créatif de l’époque Renaissance.

Les lettres majuscules utilisées sont du type « textura quadrata classique du XVe siècle » ; cette police de caractère fut utilisée de la fin du XIVe siècle jusqu’au milieu du XVIe siècle.

Inscriptions présentes :

  • SANT PEIRE DALBIAC : Saint Pierre d’Albiac.
  • IHS et  MARIA : Inscriptions courantes à cette époque.
  • Motif floral : Ce motif représente une croix de Jérusalem à décors floraux sur piédestal à trois niveaux : une grande fleur symbolisant la croix, avec quatre petites fleurs entre les branches. Cette croix est certainement représentée sur cette cloche pour rappeler la présence dans notre village des Chevaliers Saint Jean de Jérusalem (plusieurs croix maltaises gravées visibles sur des bâtiments alentour).

La date d’installation n’apparaît pas parmi les différentes inscriptions, mais il n’y avait pas l’espace suffisant sur notre cloche albiacoise pour l’intégrer, ce qui pourrait expliquer l’absence de date.

Nous n’avons pas non plus le nom du saintier ce qui parait logique, car le nom du fondeur n’apparaissait en France sur les cloches qu’à partir du XVIIe siècle.

Tous ces indices caractéristiques corroborent et nous permettent d’affirmer que la grande cloche d’Albiac peut être datée milieu XVIe siècle, comme celle de Thégra similaire en tous points et datée de 1518.

En 2014, la grande cloche a été inscrite à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques du Lot (ISMH), ainsi que d’autres objets de culte de notre église St Pierre d’Albiac.

********************************  Bibliographie  *************************************

  • Aide-mémoire de l’Office de la protection de la population, et des biens culturels (Cloches)
  • Tchorski – Patrimoine religieux (Epigraphie campanaire)
  • La campanographie française - 2006 - (Eric Sutter / Pdt de la Société Française de Campanologie)